INDRIYABHAVANA SUTTA

L’Indriyabhāvanā Sutta – Le développement des facultés sensorielles

L’Indriyabhāvanā Sutta, que l’on peut traduire par « Discours sur le développement des facultés sensorielles », se trouve dans le Majjhima Nikāya (n°152) du Canon pāli. Il rapporte un enseignement du Bouddha donné près de Kjangala, au parc de Mukhelu.

Le Bouddha y distingue deux approches : celle des brahmanes, qui prônent la simple abstinence sensorielle (ne pas voir, ne pas entendre, etc.), et celle des êtres nobles, qui consiste à reconnaître les sensations agréables, désagréables ou neutres lorsqu’elles apparaissent, et à les transformer par la compréhension et l’équanimité.

Ce sutta illustre ainsi une idée fondamentale : le développement spirituel ne consiste pas à fuir le monde sensoriel, mais à l’appréhender avec sagesse, en cultivant la clarté de conscience et l’équilibre intérieur.


Introduction

Ainsi ai-je entendu : une fois, le Bienheureux séjournait dans le parc de Mukhelu, près de Kjangala. Un jeune homme nommé Uttara, élève du brahmane Parasariya, vint le rencontrer, lui rendit hommage et s’assit respectueusement à ses côtés.

Le débat avec Uttara

Le Bienheureux lui demanda : — « Uttara, le brahmane Parasariya enseigne-t-il à ses élèves le développement des facultés sensorielles ? » — « Oui, Vénérable Gotama. » — « Et de quelle manière l’enseigne-t-il ? »

Uttara répondit : — « Il dit à ses élèves : il ne faut pas voir les formes avec les yeux, il ne faut pas écouter les sons avec les oreilles. »

Le Bienheureux répliqua : — « Dans ce cas, un aveugle serait considéré comme ayant une faculté sensorielle développée, puisqu’il ne voit pas les formes ; un sourd aussi, puisqu’il n’entend pas les sons ! Est-ce bien raisonnable ? »

Entendant cela, Uttara resta honteux et silencieux, incapable de répondre.

L’enseignement au sujet d’Ananda

Le disciple Ananda, qui se tenait auprès du Bienheureux, entendit alors le Maître lui dire : — « Ananda, dans la discipline des Nobles, le véritable développement des facultés sensorielles est tout autre. »

Ananda répondit : — « C’est le moment opportun, Vénérable. Que le Bienheureux enseigne cette incomparable discipline, afin que les disciples puissent l’entendre et la retenir. »

L’enseignement du Bouddha

Le Bienheureux expliqua : Lorsqu’un disciple entre en contact avec une forme, un son, une odeur, une saveur, une sensation corporelle ou un objet mental, trois types de sensations peuvent apparaître :

  • une sensation agréable,
  • une sensation désagréable,
  • ou une sensation à la fois agréable et désagréable.

Le disciple doit les reconnaître ainsi : « Voici une sensation agréable », « Voici une sensation désagréable », « Voici une sensation mêlée ». Il sait qu’elles sont conditionnées, impermanentes et produites par des causes. Alors, il cultive l’équanimité, qui est pure et excellente.

Exemples donnés par le Bouddha

Le Bienheureux illustra ce processus par des comparaisons :

  • La vue : la sensation disparaît aussi vite qu’on ouvre ou ferme les yeux.
  • L’ouïe : la sensation disparaît comme le claquement des doigts d’un homme fort.
  • L’odorat : la sensation glisse comme une goutte d’eau sur une feuille de lotus.
  • Le goût : la sensation s’élimine comme on crache une impureté de la bouche.
  • Le toucher : la sensation disparaît aussi vite qu’on étend ou replie un bras.
  • La pensée : la sensation s’éteint comme une goutte d’eau sur du métal en fusion.

L’étudiant et l’être Noble

Le Bouddha distingua deux niveaux de pratique :

  • Le disciple étudiant : il ressent honte, inquiétude et dégoût face aux sensations, mais il n’a pas encore atteint la maîtrise parfaite.
  • L’être Noble : il demeure maître de son esprit. S’il souhaite être conscient ou non de la répugnance, il l’est. S’il souhaite demeurer dans l’équanimité, il le peut. C’est là le signe de la véritable maturité des facultés sensorielles.

Conclusion du Bienheureux

Le Bouddha conclut : « Ainsi ai-je enseigné le développement incomparable des facultés sensorielles. Voici les lieux retirés, voici les pieds des arbres : appliquez-vous à la pratique intérieure, ne soyez pas négligents afin de ne pas avoir de regrets. »

Ananda, plein de joie, se réjouit de l’enseignement du Bienheureux.

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